Ali Ibn Abi Talib :
"Le corps est purifié par l'eau, l'égo par les larmes, l'intellect par la connaissance et l'âme par l'amour."
"Le corps est purifié par l'eau, l'égo par les larmes, l'intellect par la connaissance et l'âme par l'amour."
Depuis des siècles, l'inné et l'acquis sont souvent considérés comme deux notions distinctes, parfois opposées. Cette manière de les envisager conduit à privilégier l'un au détriment de l'autre, alors qu'ils participent ensemble à la constitution et à l'évolution de chaque individu.
À la naissance, chaque être humain possède un patrimoine qui lui est propre, y compris au sein d'une même fratrie. Si l'héritage génétique permet d'expliquer certaines caractéristiques physiques et certaines prédispositions, il reste des différences entre les individus dont l'origine et le développement soulèvent encore de nombreuses questions.
Nous constatons également que certaines facultés ne se manifestent pas nécessairement dès les premières années de la vie. Un individu peut sembler en difficulté dans un environnement donné, puis révéler un talent particulier à la suite d'une rencontre, d'une expérience ou d'un changement de milieu. Ce qui semblait absent trouve alors une occasion de s'exprimer.
Pourtant, notre société accorde une place prépondérante à l'acquis, notamment à travers les diplômes et les compétences démontrées. Ce regard privilégie ce qui a été développé et reconnu, sans toujours s'interroger sur les facultés prédisposées qui ont rendu ces acquisitions possibles, ni sur celles qui demeurent inexploitées.
Pour comprendre cette relation, nous devons donc dépasser la simple opposition entre l'inné et l'acquis. Comme les deux extrémités d'une polarité, ils entrent en interaction. Cette tension nous place devant des choix, dont les conséquences vécues peuvent enrichir notre connaissance et faire évoluer notre conscience.
Mais comment ces deux réalités interagissent-elles concrètement ? Et que pouvons-nous comprendre de l'individu en examinant non seulement ce qu'il a acquis, mais aussi les facultés qui lui permettent d'apprendre, de s'adapter et d'évoluer ?
Pour comprendre la relation entre l'inné et l'acquis, prenons l'exemple d'un ordinateur et intéressons-nous au rôle de son disque dur.
Le disque dur est un support de stockage qui permet de recevoir et de conserver les programmes et les données nécessaires à l'utilisation de l'ordinateur. Il accueille notamment le système d'exploitation, comme Windows ou Linux, qui permet à l'ordinateur de démarrer, de gérer son fonctionnement et d'utiliser les logiciels et les applications.
Sans système d'exploitation, même les meilleurs logiciels et applications du monde seraient inutilisables. Vous pourriez disposer de programmes pour écrire, dessiner, calculer ou créer, mais aucun ne pourrait remplir sa fonction sans le système qui permet de les faire fonctionner.
Une fois le système d'exploitation installé, d'autres logiciels et applications peuvent être ajoutés pour répondre à des besoins particuliers. Ils sont conçus par des personnes qui mobilisent leurs propres facultés pour imaginer et réaliser de nouveaux programmes. Ces créations permettent d'élargir les possibilités d'utilisation de l'ordinateur.
Dans cette analogie, le système de base représente l'inné, tandis que les logiciels et les applications représentent l'acquis. L'inné constitue le préalable nécessaire au développement de l'acquis : sans cette base, rien ne pourrait être ajouté, développé ou utilisé.
De la même manière, l'être humain dispose de facultés préalables qui lui permettent d'apprendre et de développer de nouvelles capacités. Mais toutes ne sont pas nécessairement sollicitées. Leur développement dépend aussi des circonstances, des besoins et de l'environnement dans lequel l'individu évolue.
Une faculté peut être présente sans être sollicitée. Selon son environnement, un individu rencontrera des circonstances qui favoriseront le développement de certaines aptitudes, tandis que d'autres resteront inexploitées. Une rencontre, une pratique nouvelle ou une situation particulière peut parfois suffire à faire émerger un talent qui ne s'était jamais manifesté auparavant.
L'éclectisme joue ici un rôle important. La diversité des expériences, des rencontres et des domaines abordés multiplie les occasions de solliciter des facultés variées. Un environnement plus diversifié offre ainsi davantage de possibilités de découvrir des aptitudes et de les développer.
Les différences observées entre les individus ne se résument donc pas à leurs compétences acquises. Elles doivent également être considérées à travers la diversité de leurs environnements, des sollicitations rencontrées et des facultés qui ont pu s'y développer.
Notre société accorde une grande importance à ce qu'elle peut mesurer, évaluer et comparer. À l'école, dans le monde du travail ou dans d'autres domaines de la vie, les résultats obtenus servent souvent à déterminer les capacités d'un individu et les possibilités qui peuvent lui être accordées.
Le quotient intellectuel illustre bien cette tendance. Il peut fournir des indications sur certaines capacités évaluées par un test et contribuer à repérer des difficultés. Mais le problème apparaît lorsque la valeur accordée au résultat dépasse ce qu'il permet réellement d'apprécier. Une évaluation partielle ne peut pas, à elle seule, définir l'ensemble des facultés d'une personne ni déterminer tout ce qu'elle pourra développer au cours de sa vie.
Cette manière de juger ne concerne d'ailleurs pas uniquement les capacités intellectuelles. Les aptitudes physiques, les handicaps ou les difficultés rencontrées dans certains apprentissages peuvent également devenir des critères à partir desquels nous estimons ce qu'une personne est capable ou incapable de faire. Pourtant, constater une limitation ne revient pas à connaître toutes les possibilités de celui ou celle qui la présente.
Il faut ici distinguer ce qui est constaté, ce que l'on peut raisonnablement en prévoir et les conclusions que l'on en tire. Un constat peut être utile, notamment pour comprendre une difficulté et adapter un accompagnement. Mais lorsqu'il devient une étiquette qui enferme durablement une personne dans ses limites, il risque de produire des conséquences bien plus importantes que celles de l'évaluation elle-même.
Car une faculté ne se manifeste pas nécessairement sans raison ni dans toutes les circonstances. Elle peut avoir besoin d'être sollicitée, exercée et développée. Les expériences vécues, les rencontres, les besoins et l'environnement jouent donc un rôle dans les possibilités qu'un individu parvient à exprimer. Ce qui n'a pas encore été révélé ne peut pas être systématiquement considéré comme inexistant.
Nous touchons ici à un aspect essentiel de la relation entre l'inné et l'acquis. L'inné représente les prédispositions sur lesquelles l'individu peut s'appuyer, tandis que l'acquis se construit au fil des expériences et des sollicitations. Mais encore faut-il que ces facultés rencontrent des conditions qui leur permettent de se développer. Une personne peut disposer de possibilités qu'elle n'a jamais eu l'occasion d'explorer, simplement parce que son environnement ne l'y a pas invitée.
Une société qui ne propose aucune possibilité de s'exprimer risque fort de récolter le mutisme. Et ce silence peut ensuite être interprété comme une incapacité de l'individu, alors qu'il peut aussi témoigner d'un manque d'occasions, de moyens ou de conditions favorables. Ne pas pouvoir s'exprimer dans un contexte donné ne signifie pas nécessairement ne rien avoir à exprimer.
Le regard porté sur une personne peut même influencer son évolution. Lorsque nous la considérons d'emblée comme incapable, nous risquons de limiter les occasions que nous lui donnons d'essayer, d'apprendre et de progresser. Nous pouvons alors contribuer à maintenir une situation que nous croyons simplement constater. À l'inverse, permettre à une personne d'expérimenter et de trouver sa propre manière de s'exprimer peut révéler des facultés qui, jusque-là, demeuraient invisibles.
La question n'est donc pas de nier les limites réelles, qu'elles soient intellectuelles ou physiques, ni de prétendre que chacun peut tout accomplir. Il s'agit plutôt de ne pas confondre une difficulté avec une incapacité générale, ni une capacité qui ne s'est pas manifestée avec une faculté qui n'existerait pas.
La société reconnaît plus facilement ce qui est visible, mesurable et déjà développé. Elle voit moins aisément les prédispositions qui n'ont pas encore trouvé leur terrain d'expression. Pourtant, si nous voulons comprendre l'individu, nous devons considérer non seulement ce qu'il manifeste aujourd'hui, mais aussi les conditions dans lesquelles ses facultés peuvent se développer.
Nous pouvons alors nous poser une question simple : combien de possibilités risquons-nous d'écarter lorsque nous jugeons une personne sur ce qu'elle a déjà montré, sans lui donner l'occasion de révéler ce qu'elle pourrait encore devenir ?
L'inné et l'acquis sont deux réalités indissociables. L'inné participe à la singularité de chaque individu et, par la diversité des prédispositions, à la pluralité du vivant. L'acquis vient ensuite enrichir et développer ces particularités au fil des expériences, des choix et des circonstances.
Ainsi, ce que nous manifestons ne représente pas nécessairement tout ce que nous portons en nous. Une faculté peut être présente sans avoir été sollicitée, comme elle peut se développer au contact d'expériences particulières. Plutôt que de réduire un individu à ses capacités visibles ou à ses difficultés, nous gagnerions donc à lui permettre d'expérimenter et de trouver ses propres moyens d'expression.
Car l'inné offre une base, l'acquis permet de la développer. Et c'est dans leur interaction que chacun construit son propre chemin et fait évoluer sa conscience.