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Le triquetra symbole de la ternaire Divine

Réflexion sur la Justice

- Sans vertu, aucune action, si vouable et admirable puisse-t-elle paraître, ne peut être juste, car, la justice elle-même est du ressort de la vertu -

Le triquetra symbole de la ternaire Divine

La philosophie, l'amour de la sagesse selon l'intellect

Introduction

Au commencement...la GreceInutile de répéter la définition du dictionnaire : amour de la sagesse, recherche des premiers principes. On la trouve partout. Ce qui nous intéresse ici, c’est la définition philosophique de la philosophie – autrement dit : qu’est-ce que philosopher veut dire quand on le fait vraiment ? Pour y répondre, il faut convoquer l’histoire, mais surtout la procédure vivante de la pensée. Car philosopher, depuis Socrate jusqu’à nous, c’est d’abord tenter de répondre aux causes principales et multiples de la souffrance humaine. C’est essayer de mieux vivre sa vie, avec le moins d’ignorance possible, afin d’éviter son lot de souffrances inutiles. Mais cette souffrance n’est-elle pas elle-même liée à une question plus fondamentale ? D’où vient l’homme ? Où va-t-il ? Qu’est-il réellement ? L’être humain semble porter en lui une interrogation sur son origine et sa finalité. L’exemple de l’orphelin est à cet égard particulièrement parlant : lorsqu’un être humain ignore d’où il vient, la recherche de ses origines peut devenir une nécessité intérieure. Il ne cherche pas seulement une information ; il cherche à comprendre quelque chose de lui-même.

Cette interrogation n’est d’ailleurs pas propre à quelques individus. Elle semble accompagner l’humanité depuis toujours. La présence universelle des religions, sous des formes extrêmement diverses, témoigne peut-être de cette même interrogation fondamentale : quelle est notre origine, quelle est notre nature et quelle est notre finalité ?

Il y a donc quelque chose de commun derrière la diversité des hommes, des cultures et des croyances : une recherche de ce qui nous fonde.

I. Définition officielle et repères historiques

Le mot « philosophie » vient du grec philo (amour) et sophia (sagesse). Mais cette sagesse n’est pas un savoir encyclopédique : c’est une certaine manière de vivre, de penser par soi-même, de ne pas se laisser bercer par les mythes ou les opinions courantes. La philosophie naît historiquement d’une rupture avec l’explication mythique du monde (Hésiode, Homère) et d’un geste nouveau : l’argumentation rationnelle. Thalès, Anaximandre, puis Socrate, Platon et Aristote posent les premières pierres d’une pensée qui refuse l’autorité aveugle et cherche les causes premières.

📜 Quelques jalons essentiels :
– Socrate : l’examen critique (elenchos) et l’aveu d’ignorance.
– Descartes : le doute méthodique pour trouver un fondement certain.
– Kant : la critique des conditions de possibilité de la connaissance.
– Nietzsche : la généalogie des valeurs et la dénonciation des illusions.
– Arendt : penser ce que nous faisons, résister à la banalité du mal.

Tous ces auteurs divergent, mais ils partagent un même point de départ : une perplexité, parfois une souffrance intellectuelle ou morale devant les évidences trompeuses. C’est ce que les Grecs appelaient le thaumazein – l’étonnement. La philosophie ne commence pas par des certitudes, mais par une gêne, un « quelque chose qui cloche ou qui manque ».

Ce que « amour » et « sagesse » veulent vraiment dire

Il ne suffit pas de traduire philosophia par « amour de la sagesse ». Encore faut-il s’entendre sur ces deux mots. L’amour dont il s’agit n’est pas un manque, une simple aspiration vers ce qu’on n’a pas – même si cette idée a du sens et rejoint notre souffrance. Non, plus profondément, l’Amour, c’est la Vérité elle-même, et la Vérité est aimante. On n’aime pas quelque chose d’autre ; on aime la vérité, et la vérité nous attire parce qu’elle est notre origine et notre fin.

Quant à la sagesse, elle n’est pas la vérité : elle en est la lecture, l’éclairage. Comme la lumière du soleil qui révèle les formes sans être les formes elles-mêmes, la sagesse nous permet de déchiffrer la vérité dans le monde et en nous.

Prenons un exemple simple. Imaginez un jardinier qui aime ses plantes. Il ne les aime pas par manque, mais parce qu’elles sont belles et vraies. La vérité, c’est la plante elle-même, avec sa sève, ses racines, sa manière unique d’être. La sagesse, c’est le regard du jardinier qui sait quand arroser, quand tailler, quand laisser faire. Il lit la plante, il l’éclaire de son soin sans jamais la remplacer.

Ainsi, philosopher, c’est être ce jardinier de l’âme : aimer la vérité qui est en nous et autour de nous, et apprendre à la lire avec une attention toujours plus claire.

II. Qu'est-ce que philosopher ?

Philosopher, ce n'est pas seulement chercher des réponses aux questions que nous nous posons. C'est d'abord apprendre à regarder au-delà de ce qui se manifeste immédiatement, afin de comprendre ce qui se trouve à l'origine de cette manifestation.

Le monde qui nous entoure apparaît multiple, fragmenté et soumis à la loi de cause à effet. Nous distinguons les choses, les êtres, les événements, puis nous cherchons entre eux des relations de causalité. Cette démarche permet de comprendre une partie du réel, mais elle peut aussi devenir réductrice lorsque nous confondons la cause avec le principe.

1. De la manifestation au principe

La raison cherche naturellement les causes. Lorsqu'un phénomène apparaît, elle demande : « Pourquoi cela se produit-il ? » Elle remonte alors de l'effet vers sa cause, puis de cette cause vers une cause antérieure. Cette démarche est légitime dans l'ordre de la manifestation, mais elle rencontre une difficulté lorsqu'elle cherche à atteindre une cause première.

Car une cause peut elle-même être l'effet d'une autre cause. Remonter indéfiniment dans cette chaîne ne permet donc pas nécessairement d'atteindre ce qui fonde réellement les choses.

Il faut alors distinguer la cause du principe.

La cause appartient à l'ordre de ce qui produit un effet. Elle décrit une relation entre des phénomènes. Le principe, lui, est par définition ce qui est premier : ce à partir de quoi quelque chose peut se manifester et être ce qu'il est.

La cause explique une relation ; le principe en exprime le fondement.

Ainsi, philosopher ne consiste pas seulement à rechercher des causes, mais à s'interroger sur le principe dont les causes elles-mêmes procèdent.

2. La remontée aux causes… et au-delà

La philosophie procède donc en remontant des effets vers ce qui les détermine. Mais cette remontée ne doit pas être comprise comme une simple recherche mécanique d'une cause située toujours plus loin. Elle consiste à dépasser progressivement la manifestation pour retrouver ce qui lui est commun.

L'exemple du lait permet d'illustrer cette logique. Le fromage, le beurre ou le yaourt sont des manifestations différentes, mais ils procèdent tous d'un même substrat. Leur apparence et leur forme diffèrent ; leur origine commune demeure.

De la même manière, la diversité du monde peut être comprise comme une diversité de manifestations procédant d'un principe commun.

La différence se trouve dans la manifestation, tandis que l'unité se trouve dans le principe.

Ainsi, la question philosophique n'est plus seulement : « Quelle est la cause de ceci ? », mais :

« De quel principe ceci est-il une manifestation ? »

3. Les trois dimensions de l'être humain

Cette recherche du principe rejoint alors quelque chose de fondamental dans l’être humain. Nous ne sommes pas seulement des êtres sensibles qui percevons le monde. Nous sommes également capables de penser ce que nous percevons, et de nous interroger sur ce qui dépasse ce que nos sens et notre pensée immédiate peuvent saisir.

L’être humain peut ainsi être appréhendé selon trois dimensions : une dimension sensible, une dimension intellectuelle et une dimension spirituelle.

À la dimension sensible correspond ce qui peut être observé, mesuré, expérimenté : c’est le domaine privilégié de la science.

À la dimension intellectuelle correspond la recherche des relations, des concepts, des causes et des principes : c’est notamment le domaine de la philosophie.

À la dimension spirituelle correspond la recherche de l’origine ultime, de la finalité et de ce qui fonde l’existence au-delà de la seule manifestation : c’est le domaine de la spiritualité.

Ces trois dimensions ne sont pas trois parties séparées de l’être humain. Elles sont trois manières d’appréhender une même réalité humaine.

De la même façon, science, philosophie et spiritualité peuvent être considérées non comme trois domaines nécessairement opposés, mais comme trois voies de connaissance qui peuvent entrer en correspondance.

4. Les limites du mental intellectuel

La difficulté vient du fait que le mental intellectuel fonctionne principalement par distinctions. Il sépare le sujet de l'objet, la cause de l'effet, le vrai du faux, le particulier du général. Il utilise un langage essentiellement digital : ceci ou cela, oui ou non, vrai ou faux.

Ce langage est extrêmement efficace lorsqu'il s'agit de distinguer, de mesurer, de classer et d'organiser le monde manifesté. Mais il rencontre une limite lorsqu'il tente d'appréhender ce qui n'est pas directement manifesté.

Le mental intellectuel peut parler de l'invisible, il peut en construire des concepts, des représentations et des modèles. Mais la représentation de l'invisible n'est pas l'invisible lui-même.

De la même manière, le concept d'un principe n'est pas nécessairement le principe lui-même.

Le mental intellectuel ne connaît donc pas spontanément l'invisible par le même mode de connaissance que celui par lequel il connaît le visible. Et même l'abstraction lui devient souvent difficile lorsqu'elle ne peut plus être ramenée à des distinctions concrètes.

La loi de cause à effet, particulièrement efficace dans le monde manifesté, peut alors devenir réductrice lorsqu'on lui demande d'expliquer le réel dans sa totalité. Elle décrit les relations entre les phénomènes, mais ne suffit pas nécessairement à expliquer le principe dont ces phénomènes procèdent.

5. La logique analogique

C'est ici qu'intervient la logique analogique.

La logique analogique ne cherche pas seulement les différences entre les choses ; elle cherche ce qui se répète sous des formes différentes. Elle permet de reconnaître une structure commune derrière des manifestations qui, en apparence, n'ont rien à voir entre elles.

L'analogie ne signifie pas que les choses sont identiques. Elle signifie qu'elles peuvent être en correspondance.

Là où le langage digital sépare, le langage analogique relie.

Il devient alors possible de passer du concret à l'abstrait, du visible à l'invisible, de la manifestation vers le principe, non pas en supprimant les différences, mais en découvrant ce qui les relie.

Dans cette perspective, la création peut être comprise comme une déclinaison : du plus subtil au plus dense, du plus unifié au plus différencié, du principe vers ses différentes manifestations.

Ce mouvement peut être représenté ainsi :

Principe → déclinaison → manifestation

Mais la démarche philosophique peut effectuer le mouvement inverse :

Manifestation → analogie → remontée vers le principe.

Philosopher serait ainsi effectuer ce mouvement inverse : partir de la multiplicité visible pour rechercher l'unité invisible qui la fonde.

6. Du binaire au ternaire

Cette logique analogique permet également de comprendre pourquoi le réel ne se laisse pas toujours enfermer dans une simple logique binaire.

Le mental intellectuel distingue naturellement deux pôles : sujet et objet, intérieur et extérieur, lumière et obscurité, cause et effet. Il oppose pour comprendre.

Mais entre deux pôles, il existe parfois une relation qui ne peut être comprise par l'opposition seule. Un troisième terme apparaît alors, non pour supprimer les deux premiers, mais pour les relier, les dépasser ou révéler leur unité.

C'est ce que nous pouvons appeler le ternaire.

Le ternaire n'est pas simplement trois éléments placés les uns à côté des autres. Il est une structure dans laquelle trois dimensions participent d'une même réalité.

Et cette structure possède une représentation géométrique particulièrement simple : le triangle.

Le triangle représente trois points distincts reliés dans une seule et même figure. Aucun sommet ne constitue à lui seul le triangle, mais les trois sont nécessaires à son expression.

Le triangle peut ainsi devenir la représentation géométrique de cette idée : l'unité peut se manifester dans le trois sans cesser d'être une.

Le ternaire n'est donc pas nécessairement une division du réel en trois parties. Il peut être compris comme une manière dont l'unité se manifeste et devient lisible.

Ce qui est un dans son principe peut apparaître ternaire dans sa manifestation, puis multiple dans ses expressions.

7. Le ternaire et les différents niveaux du réel

Cette compréhension permet alors de regarder différemment les différents ternaires qui peuvent apparaître dans notre expérience du réel.

L'être humain se manifeste selon trois dimensions : le sensible, l'intellectuel et le spirituel.

Ces dimensions trouvent notamment leur expression dans trois voies de connaissance : la science, la philosophie et la spiritualité.

Mais nous pouvons également considérer un autre ternaire lorsqu'il s'agit de penser ce qui constitue le réel dans son fondement : la Providence, la Conscience et le Destin.

Le Divin, compris comme ce qui constitue le réel dans son fondement, peut ainsi se manifester selon ces trois dimensions : la Providence, la Conscience et le Destin.

La Providence renvoie à ce qui précède et oriente, à ce qui participe de l'ordre selon lequel les choses peuvent advenir.

La Conscience renvoie à ce par quoi le réel peut être connu, vécu et reconnu de l'intérieur.

Le Destin renvoie à ce qui se manifeste dans le devenir, dans la trajectoire des événements et dans ce qui apparaît comme conséquence ou nécessité au sein de la manifestation.

Il ne s'agit pas de dire que ces trois termes sont identiques aux trois dimensions de l'être humain, ni de les superposer mécaniquement. Il s'agit de reconnaître entre eux des correspondances analogiques.

La pensée analogique permet précisément de reconnaître qu'une même structure peut se retrouver à différents niveaux du réel sans que ces niveaux soient confondus.

Ainsi, nous pouvons retrouver le ternaire dans l'être humain, dans les voies de connaissance et dans notre manière de penser la manifestation du réel.

Ce ne sont pas nécessairement les mêmes trois choses. C'est la structure de leur relation qui peut se correspondre.

8. Philosopher : remonter du multiple vers l'un

Si tout dans la création procède selon un même principe et que seule la manifestation diffère, alors philosopher consiste à apprendre à reconnaître cette unité derrière la diversité.

Le philosophe ne s'arrête donc pas à ce qui apparaît. Il cherche ce qui demeure à travers les apparences. Il ne confond pas la cause avec le principe, ni la représentation avec ce qu'elle représente, ni la manifestation avec ce dont elle procède.

Il apprend également à ne pas opposer systématiquement ce que le mental sépare. Il cherche la relation, la correspondance, la structure commune.

Le triangle devient alors une image simple de cette démarche : trois dimensions distinctes, une seule structure.

De même, la multiplicité des manifestations peut être envisagée comme l'expression différenciée d'une unité plus profonde.

Philosopher, c'est donc moins accumuler des connaissances que changer de regard. C'est passer de l'effet à la cause, de la cause au principe, du multiple à l'un, du visible à l'invisible et de la manifestation à son fondement.

La philosophie devient alors une démarche de remontée : non pas une remontée infinie dans une chaîne de causes, mais une remontée vers ce qui donne sens et cohérence à cette chaîne elle-même.

Philosopher, ce serait finalement chercher l'unité derrière la multiplicité, le principe derrière la manifestation et l'essentiel derrière ce que nos sens et notre raison nous donnent immédiatement à voir.

Et peut-être est-ce là que science, philosophie et spiritualité peuvent à nouveau se rejoindre : non pas en se confondant, mais en reconnaissant qu'elles peuvent participer, chacune selon son mode propre, à une même remontée vers ce qui constitue le réel.

Du multiple vers l'un.
Du visible vers l'invisible.
De la manifestation vers le fondement.